Porsche 928 S4 - 4roueset1volant - © Arnaud Demasier

Souvent critiquée, la Porsche 928 aura marqué mon enfance avec son design atypique d’une Porsche. Et aujourd’hui, grâce à Philippe, j’ai la chance de l’essayer !

La Porsche 928 apparaît en 1977 pour remplacer, officieusement, la vieillissante 911 et apporter ce qui manquait à la 924. Rapidement, elle s’impose comme la nouvelle référence sur le segment des voitures Grand Tourisme (GT). Elle décroche même le titre de voiture de l’année en 1978 !

Il faut dire que les ingénieurs sont partis d’une feuille blanche et lui ont greffé des solutions techniques innovantes mais trop avancées pour son époque. Résultat, elle ne rencontrera pas le succès attendu. Jugée trop lourde, trop confortable et trop gourmande, les propriétaires de 911 et amateurs d’automobiles sportives n’auront pas le coup de coeur.

Vous l’aurez compris, les années 80 n’auront pas été une réussite pour Porsche avec cette 928. Et pourtant, en 1986, la marque décide de la restyler avec cette version S4. C’est le premier restylage depuis 1977 et la sortie de la voiture. Pourtant léger, cela semble être le déclic pour les passionnés.

Il faut bien reconnaître que la 928 a un design atypique. Pourtant, on semble retrouver quelques éléments en commun avec la 924 mais en plus musclé. On aime ou on n’aime pas. Pour ma part, j’adore ! Longue de 4,52 m, on a l’impression qu’elle en fait le double avec ce long capot plongeant et cet arrière rondouillard.

Succédant à la 928 S2, la S4 apporte des retouches esthétiques plus en phase avec son époque. Elle arbore de nouveaux boucliers s’inspirant à l’avant de la 944 Turbo. Et comment ne pas succomber au charme des phares ronds qui se relèvent à leur allumage. Si vous avez l’oeil, vous aurez remarqué des éléments non originaux à savoir les stickers “928 GTS Cup” ou encore les jantes qui, je trouve, lui vont plutôt bien.

Bref, tout ceci nous amène à l’arrière où elle intègre de nouveaux feux. Mais le changement ne s’arrête pas là puisqu’ils sont surplombés par un large aileron. Pour rappel, sur la version S2, il s’agissait plus d’un béquet. Quel coup de vieux pour les précédentes 928 !

On sait tous très bien que les années 80 ont été les pires pour l’industrie automobile. En effet, elle souffrait d’une mauvaise qualité de plastiques mais aussi d’un manque en matière de finition. Pourtant, les habitacles étaient de véritables invitations à la conduite.

Et aujourd’hui encore, je suis attiré par ces intérieurs spacieux, bourrés d’ingénieux systèmes, lumineux et surtout confortables. Il n’y a qu’à regarder les sièges à l’arrière. On a l’impression qu’ils ont été conçus pour y habiter. Malgré le cuir des sièges, l’habitacle est très cosy avec une moquette recouvrant l’ensemble des parties basses et ce, jusque dans le coffre. Quant à la partie supérieure, c’est du cuir à profusion qui a vécu et dont le coloris bleu a semble-t-il pris sa retraite.

Ma première impression lorsque je me suis installé derrière son volant a été de me croire dans un vaisseau spatial. On est comme allongé dans cette 928 et on voit difficilement le bout de ce long capot. Merci les sièges électriques ! L’habitacle est fondamentalement différent des autres Porsche. Le seul point commun est ce volant à 4 branches, immense et posé sur les genoux, qui est celui des 911 Carrera et 944.

Le tableau de bord intègre 4 compteurs et non 5. La console centrale s’étend jusqu’aux places arrières où les passagers pourront en profiter. Elle intègre les commandes de la climatisation, un ingénieux auto-radio qui se déploie pour éjecter son CD ainsi qu’une horloge idéalement placée. Les portières, quant à elles, intègrent d’énormes hauts-parleurs mais aussi les bouches d’aérations. Elles dissimulent habillement un petit rangement sous l’accoudoir. Pratique pour ranger le porte-feuille ou les CD !

Porsche 928 S4 - 4roueset1volant - © Arnaud Demasier

Avec la crise pétrolière, le moteur de la Porsche 928 a subi plusieurs modifications de cylindrée. Finalement, la version S4 y échappe puisque son moteur V8 en position longitudinal avant atteint la cylindrée qu’elle aurait toujours du avoir, à savoir 4957 cm3. Le bloc développe ainsi 320 ch et 430 Nm de couple dès 3000 tr/min. C’est au moins ce qu’il faut pour déplacer les 1580 kg de la GT allemande.

Puissance

320

ch

Couple

430

Nm

0 à 100 km/h

5,9

secondes

Incomparable à notre époque actuelle, le 0 à 100 km/h ne lui demande que 5,9 secondes. C’est sensiblement meilleur qu’une Porsche 944 Turbo. Et grâce au travail aérodynamique, elle est capable d’accrocher les 270 km/h de vitesse de pointe !

Porsche 928 S4 - 4roueset1volant - © Arnaud Demasier

Sur la route, cette Porsche 928 S4 est un véritable appel à la conduite. Elle m’a surpris par sa douceur et sa facilité de prise en main. Son V8 est souple et non ravageur comme ceux que l’on peut retrouver de nos jours.

Pour autant, il offre d’excellentes performances sans avoir à le pousser à son maximum. Je regrette simplement que les commandes soient trop fermes. La pédale d’embrayage est lourde et le levier de vitesse de la boîte mécanique demande une certaine virilité. C’est clairement différent de ce qui se fait de nos jours !

Porsche 928 S4 - 4roueset1volant - © Arnaud Demasier

La 928 S4 semble avoir été conçue pour relier Paris à Deauville sur la voie de gauche. Ce coupé 2+2 vous permettra sans problème d’emmener la petite famille en week-end grâce à son immense coffre mais je plains les adultes qui seront passagers arrière… Toutefois, la visibilité est excellente, les angles morts sont quasiment inexistants. Même l’imposant aileron arrière ne gêne pas la rétro-vision.

Le moteur de cette 928 S4 est sportif sans pour autant nous scotcher. Il faut savoir l’apprécier à sa juste valeur. Les freins sont suffisants. La direction est lourde et remonte trop peu d’informations. Mais il faut se contenter de ce tempérament de GT et apprécier la conduite coulée. En revanche, je crains qu’opter pour une boîte automatique ne lui retire encore plus de sa virilité de sportive. A voir…

Porsche 928 S4 - 4roueset1volant - © Arnaud Demasier

La Porsche 928 S4 m’aura définitivement surpris par son aisance et la douceur de son V8. Suffisant et non agressif pour les oreilles, c’est finalement ce que l’on attend d’une voiture Grand Tourisme. Et c’est ce que l’on retrouve avec cette 928 en s’installant à son volant. Et malgré une consommation importante et un coût d’entretien élevé, elle s’avère être une dévoreuse de kilomètres.

Pour ceux qui en demandent plus, il faudra se tourner vers des modèles apparus plus tard. Les versions Clubsport (1987), GT (1989) et GTS (1991) perdront quelques kilos, se raffermiront et perdront de leur confort pour gagner en sportivité et modernité avec l’ère électronique.

Un grand merci à Philippe de m’avoir permis d’essayer sa Porsche 928 S4 et j’attends les prochaines modifications pour en reprendre le volant !